Lors d'une séance de désherbage
au jardin, sous le soleil exactement, je mâche une feuille de perilla frutescent crispa viridis de la famille des lamiacées, shiso vert pour les intimes. Son goût délicat procure
instantanément une sensation de fraîcheur, de bien être aussi. Vous ne la connaissez pas ou pas assez? Elle mérite de venir enrichir votre palette de plantes aromatiques et médicinales.
Penchons-nous si vous le voulez sur ces buissons odorants à travers deux préparations simples et originales.
Pesto de shiso vert
Comment une idée de recette nait-elle? Dans mon cas, par association d'idées, de lettres et de mots. Le shiso vert est aussi appelé "basilic japonais" surtout par les anglo-saxons. Dès lors, basilic évoquant le pesto, pourquoi ne pas essayer de lui substituer son cousin japonais? Nous sommes sur les rails de la cuisine italienne pourtant le pignon de pain de me dit rien qui vaille, trop doux pour être associé au shiso vert. "P" comme pignon... "P" comme pistache !.. oui ce sera la pistache, verte elle aussi et au goût plus marqué. Nous y sommes, voici nos ingrédients :
- Trente feuilles de Shiso vert
- 50 g de pistaches grillées
- une demie gousse d'ail (trop d'ail tuerait le goût subtil du shiso)
- une cuillère à café de gros sel
- trois cuillères à soupe d'huile d'olive vierge extra
Il vous faut
hacher tout d'abord le shiso au couteau puis le broyer avec le gros sel dans un pilon, incorporer ensuite les pistaches et l'ail, enfin quand vous avez obtenu la consistance souhaitée, versez
l'huile et battez à la fourchette. Pour les fondus de vitesse, on peut procéder suivant le même ordre avec un robot culinaire mais la texture s'en trouve largement altérée comparé à la méthode à
l'huile de coude.
Pour rester dans l'esprit du soleil levant, vous pourrez servir votre pesto avec des pâtes de sarrazin (soba) et vous amuser à surprendre vos convives.
Maki de shiso vert au confit d'algues et concombre
Cette recette est un peu plus longue à réaliser. (pour deux makis)
- vingt feuilles de shiso vert
- deux verres de riz rond
- deux cuillères à soupe de vinaigre à sushi
- une cuillère à café de graines de sésame noir
- quelques bâtonnets de concombre dégorgé au sel
(pour le confit d'algues)
- dix feuilles d'algue nori pour sushi
- un verre d'eau
- un verre de bouillon japonais "dashi" ou une pincée de bonite séchée (katsuobushi)
- trois cuillères à soupe de sauce soja
- une cuillère à soupe de mirin
- une cuillère à soupe de sake
- une cuillère à soupe de sucre en poudre
Déchirez vos feuilles de nori et placez-les dans une poële anti adhésive. Versez l'eau et le bouillon et faites frémir en mélangeant jusqu'à évaporation du liquide et obtention d'une pâte souple, ajoutez la sauce soja, le mirin et le sake, saupoudrez de sucre et mélangez. Laissez mijoter en veillant à ne pas laisser accrocher pendant 10 à 15 minutes.
Faites cuire votre riz au cuiseur pour obtenir la consistance du riz à sushi, versez-le à chaud dans un plat en bois ou à défaut en plastique, arrosez-le de vinaigre de riz plus ou moins sucré et salé selon votre goût (se souvenir que le confit d'algues aussi est sucré). Mélangez votre riz en le retournant et en l'éventant régulièrement en prenant garde à ne pas écraser les grains. Quand il est presque froid, réservez sous un linge humide.
Sur votre natte, disposez les feuilles de shiso, dos vers le haut de façon à couvrir toute la surface. Recouvrez une planche de même dimension avec du film alimentaire. Humectez vos mains et répartissez sur toute la surface la moitié environ de votre volume de riz. Déposez votre riz sur les feuilles, retirez délicatement le film et garnissez de confit d'algues et de concombre. Roulez votre natte, découpez le maki obtenu avec un couteau dont vous aurez régulièrement essuyé et mouillé la lame (cela évite de ruiner le travail et de faire des pâtés) et disposez les pièces sur un plat de bon goût.
Tout vêtu de vert tendre, ce maki développe en bouche une fraîcheur salvatrice au coeur de l'été. Si vous rencontrez des difficultés à vous procurer le shiso vert, contactez-moi pour savoir comment le cultiver vous-même en pleine terre ou hors sol, sur un balcon ensoleillé, l'endroit idéal par ailleurs pour déguster ce plat par une chaude journée de farniente.
Promesse exquise de ta nature
Ton vert diaphane a de l'allure
Je profite de l'actualité et des récentes crises alimentaires pour tenter de battre en brèche certaines idées reçues
concernant les bienfaits de la congélation. En vérité je vous le dis, l'industrie a tout intérêt à vous rouler dans la farine. Obsédée par le "tout se transforme, rien ne se perd", elle a su
formater nos habitudes de consommation pour donner lieu à l'aberration actuelle : l'impossibilité pour de nombreuses familles de se passer du congélateur, devenu le "meuble" central de la
nouvelle cuisine. A l'heure où j'écris ces lignes, des enfants ayant consommé les steaks hachés "Country" de la chaîne Lidl ont de sérieux troubles occasionnés par la bactérie escherichia coli,
qui rappelons-le est une bactérie thermorésistante. Quand on intègre cette donnée on pense surtout au spectre assez large de développement de la bactérie (entre +7° et +50°, avec un pic entre
+37° et +40°) on pense moins à sa résistance à la destruction par la chaleur. En effet, pour être efficace l'exposition à la chaleur doit impérativement être longue. Surtout, on occulte
complètement le fait que
Ni sushi, ni maki aujourd'hui. Je vous propose une parenthèse, un
petit voyage d'exploration pour enrichir votre nez et votre palais de nouvelles sensations. Curieux de nature, j'ai cherché à goûter ce qui s'éloignait le plus de ma tradition culinaire et un
matin, lors d'un petit déjeuner dans une auberge de jeunesse, à côté d'un minuscule carré de saumon grillé, d'un bol de riz blanc et d'un oeuf de caille cru, je découvris une petite barquette de
ce que pris d'abord pour des haricots. Réflexe tout animal, je passai la truffe à la verticale de l'objet singulier. Odeur un peu âpre, léger parfum d'ammoniaque, brise de sous-bois, plateau de
fromage tardif par un après-midi d'été... Je convoquai à la seconde toutes mes références olfactives. Nul doute que ce repas allait me rester, je venais de découvrir le nattô.
Il fait chaud, bien trop chaud pour se mettre en cuisine. C'est
la saison des apéritifs dinatoires. Tout en évitant l'écueil des amuse-gueules comment faire sensation, faire frémir les papilles avec une préparation très exotique et bon marché?
Incisez l'encornet au dessus de l'os et prélevez ce dernier. Ouvrez
le corps et séparez-le des entrailles en prenant soin de ne pas crever la poche d'encre. Détachez délicatement la poche d'encre. Prélevez les entrailles de couleur jaune opaque et réservez au
frais dans un bol, elles seront ajoutées plus tard. Retirez la peau extérieure et intérieure du corps en vous aidant d'une feuille d'essuie-tout. Si vous avez malencontreusement percé la poche
d'encre, rincez à l'eau froide. Prélevez les tentacules en tranchant juste au dessous des yeux. Assurez-vous que le bec ne reste pas. Grattez les tentacules avec le dos d'un couteau et
essuyez. Si cette explication vous semble trop abstraite, rendez-vous sur cette vidéo
Rincez abondamment à l'eau froide et essuyez en retirant les
peaux résiduelles. Découpez ensuite en lamelles d'environ cinq centimètres de long, même longueur pour les tentacules. Versez la partie jaune de l'abdomen dans une passoire ou un tamis et passez
la en l'écrasant avec une cuillère ou un pilon. Incorporez le tout dans un bol et laissez mariner au frais pendant trois à quatre jours en mélangeant régulièrement. Selon les goûts (et la
confession religieuse), on peut agrémenter d'une cuiller à café de spiritueux ou d'une cuiller à soupe de mirin ou encore de vin de riz.

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